LE VIAUR : les poissons.


Les poissons présentés ici sont d'abord les neuf espèces présentes en 1900 comme en 2000, (plus le saumon cas à part) en les considérant comme le peuplement « originel » de la rivière. Il s’agit surtout de rhéophiles comme la truite, la vandoise ou le barbeau, poissons présents surtout dans la partie amont où des eaux rapides et peu profondes, le petit nombre de «calmes» (bras mort ou chaussées) et la température plutôt froide limitent à la fois la diversité d’habitats et les espèces capables d’y vivre : truite, loche, vandoise, goujon, vairon, barbeau voire chevesne. Les limnophiles, poissons aimant les eaux stagnantes se sont développés depuis un siècle et les nouvelles espéces qui sont apparues appartiennent à ce genre dont les représentants sont aujourd'hui les plus nombreux.

Le texte et les illustrations sont de Thierry COUET et inspirés de sources diverses, notamment « Rôle des chaussées et des barrages pour les peuplements pisciaires du bassin versant du Viaur « de Nicolas POULET, Nicolas STOLZENBERG, Luc AUTHIE, Karine GAFFARD et Jean-Noël TOURENQ.

On peut, si l'on aime les poissons consulter http://www.csp.environnement.gouv.fr/pages/FichesPoissons/IndexAlphaPoisson.htm

Note : pour pêcher dans les cours d'eau, il faut obligatoirement: adhérer à une association agréée de pêche et de pisciculture (AAPP) qui vous délivrera une carte nominative contre paiement d'une cotisation annuelle dont le montant varie selon le mode de pêche pratiqué.

Le milieu : une rivière de moyenne montagne
Le Viaur est un cours d'eau de près de 170 km. Il prend sa source à 1090 m d’altitude au Puech Del Pal (Aveyron) et se jette dans l’Aveyron, dont il est le principal affluent, à Saint Martin de Laguépie (Tarn) à une altitude de 150 m (voir carte). C’est donc une rivière de moyenne montagne aux aspects variés : des rapides dévalant dans les rochers, des petits courants mais aussi des gouffres profonds malgré une profondeur moyenne assez faible (environ un mètre) et de longues retenues calmes derrière les chaussées de moulins, sans compter les lacs formés par les barrages (Pont de Salars, Pareloup, Bage, Thuriès) . Sa largeur passe de 1 ou 2 m, près de sa source, à 20 à 40 m à l’aval et la grande majorité de son cours se déroule dans une vallée encaissée, mais accessible en de nombreux points. Il peut donc se pêcher sans trop de difficultés.
Il possède un réseau d’affluents très dense : 110 ruisseaux représentant au total une longueur d’environ 830 km. L’ensemble forme un bassin versant de 1650 km², traversant deux grandes régions naturelles : le Lévezou et les Ségalas. Parmi ces affluents, beaucoup ne dépassent pas quelques kilomètres, signalons les plus importants : en amont le Vioulou sur lequel est implanté le barrage de Pareloup (1200 hectares) le Céor et le Giffou, plus en aval le Lézert et le Jaoul ; tous sont appréciés par les pêcheurs.

Une rivière fortement artificialisée :


Le débit moyen du Viaur à son confluent avec l’Aveyron à Laguépie est compris entre 15 et 20 m3/s. Les grandes crues pouvaient le porter à des débits avoisinant les 500 m3/s (1930). Inversement, les étiages sévères le réduisent à des chiffres proches et même inférieurs au m3/s. Ce régime presque torrentueux a été modifié par l’implantation de barrages sur son cours (voir cartephoto Pareloup ) tout au long du XX ème siècle et actuellement les crues n’atteignent plus que 200 m3/s et les étiages sont eux aussi régulés.
Bien entendu, la modification du régime naturel de la rivière par la création de barrages a aussi des répercussions sur l’habitat des poissons. Plus anciens que les barrages, les moulins, et ils sont nombreux sur le cours du Viaur (88 chaussées encore en place) sont eux aussi des aménagements qui avaient déjà modifié le cours naturel de la rivière mais moins radicalement. Un barrage bloque la remontée des espèces migratoires. Ainsi Thuriès est un obstacle infranchissable par les anguilles, les truites ou les saumons. En 1983, la vidange catastrophique de ce barrage a également gravement altéré la qualité des eaux en aval de la rivière. Une chaussée en créant une retenue où l’eau est plus profonde (2 à 3 mètres parfois) avec un lit plus large (10 à 20 m) moins soumis au courant, favorise le développement d’espèces de poissons dites limnophiles (se développant dans les eaux stagnantes) alors qu’à ses lointaines origines les eaux courantes du Viaur étaient plutôt favorables aux réophiles (aimant les courants) comme la truite.

Les réophiles

« Salmo trutta fario » , ou pour le pêcheur tout simplement truite fario, est la reine des rivières. Longue de 25 à 40 cm, elle se reconnaît à son corps élancé et à sa robe le plus souvent sombre mais aux flancs constellés de points noirs et rouges légèrement circonscrits de rose ou de bleu. C’est un poisson carnivore, très vorace, qui chasse aussi bien le jour que la nuit. Les petits invertébrés comme crustacés, mollusques, larves d'insectes (aquatiques ou aériens), les petits poissons (vairons, goujons, loches, alevins divers) sont ses proies habituelles mais elle peut s’attaquer à des congénères plus petites ou même à de jeunes grenouilles imprudentes.
Entre octobre et février, les truites, après avoir effectué une migration vers l'amont, se reproduisent dans des eaux dont la température est comprise entre 5° et 12 °. Les femelles aménagent une dépression dans les graviers et y pondent leurs oeufs (1500 à 4000 ) d'une couleur orange et d'un diamètre de 4 à 5 mm. Le mâle y dépose sa semence, la femelle recouvre le tout de graviers, afin de le protéger du courant et des prédateurs (les truites peuvent en faire partie.) Environ 40 jours après, naissent les alevins qui n’émergent des graviers que 4 à 6 semaines après avoir épuisé leur réserve. Fragiles et livrés aux prédateurs comme à la pollution des eaux, bien peu deviendront des truites .
« Salmo gairdneri », la truite arc-en-ciel se différencie de la « fario » par un oeil plus petit, une nageoire caudale légèrement plus échancrée et des écailles plus petites. Son ventre est nettement plus blanc et ses flancs ont une bande pourpre mauve tachetée et plus ou moins estompée. Introduite en France en 1879, sa naturalisation est limitée à quelques rares cours d’eau des Pyrénées et des Alpes. En revanche, elle fait l’objet d’un élevage intensif pour la consommation et le déversement pour la pêche dans les lacs et cours d’eau (cas du Viaur) puisque sa cousine la fario se fait rare.

La revue de l’Agence de l’eau, « Adour-Garonne n° 83 » (automne 2001) faisait le point sur les opérations de reconquête du bassin hydrographique de la Garonne, par les saumons. En voici un résumé adapté et parfois commenté.
Le saumon est un poisson de mer, né en eau douce, à l’amont de rivières bien oxygénées. La reproduction s’y déroule de la mi-novembre à la mi-janvier, dans des eaux dont la température doit rester inférieure à 12 degrés C° et ne pas subir de chutes brutales.

Les jeunes saumons, les « tacons » passent ensuite un à deux ans en rivière. Parfaitement adaptés à l'eau douce, ils ont cependant des exigences d’habitat très précises. Ils ne colonisent que les zones courantes peu profondes où ils se nourrissent de larves d'insectes, ou de petits poissons.
Puis au printemps de la deuxième (parfois troisième) année de vie en eau douce le tacon passe par tout un ensemble de modifications qui vont lui permettre d’acquérir les capacités de vivre dans le milieu marin. Il devient un « smolt ».

Parvenu en mer, l’adulte peut y séjourner de 1 à 3 ans (voire 4) avant de retourner en eau douce pour s’y reproduire. La durée totale du cycle biologique s’étale donc sur une période pouvant aller de 3 à 7 ans Seulement 3 à 20 % des smolts partis en mer reviendront finalement dans leur rivière d'origine (voir carte).

Presque disparu en France le saumon sauvage de l’Atlantique de l'espèce Salmo Salar qui est le cousin de la truite de rivière (Salmo Trutta) est pêché de Juin à Septembre, sous quotas strictement contrôlés, en Irlande, Ecosse et Norvège. Dans le bassin de la Garonne, dès le milieu du XIX ème sièclel, le saumon est déjà rare . En 1868, l’administration se préoccupe un moment de la remontée de ces poissons migrateurs sur la Garonne, en construisant une passe à poissons au Bazacle (Toulouse). Mais ce n’est qu’un siècle plus tard que les pouvoirs publics mettent en place un véritable plan national, ayant pour objectif le retour du saumon et d’autres migrateurs (alose, anguilles, lamproies) dans des cours d’eau français autrefois fréquentés par ces poissons. En ce qui concerne le saumon, ce sont le bassin de la Garonne, la Loire et l’ Allier ainsi que les rivières bretonnes et normandes qui sont notamment concernées .
Dans la région, nécessitant de nombreux travaux, ce plan d’envergure (plus de 100 M de F depuis vingt ans) a pour objectif le retour, vers 2015, de 1200 à 2400 saumons sur le bassin de la Garonne.
En 1986, le premier ouvrage, spectaculaire, est réalisé : c’est le fameux « ascenseur à poissons » de Golfech. Il inaugure une série de travaux permettant l’accès pour les saumons aux parties amont des rivières du bassin de la Garonne. Sur le Viaur, dans le cadre du contrat de rivière, les chaussées de moulins ont été équipées de passes à poissons. Les saumons peuvent maintenant les franchir sans difficultés, mais restent encore des obstacles pour atteindre la partie amont de la rivière : la micro-centrale de Mirandol et surtout le barrage de Thuriès. Sur la Garonne, ils sont bloqués à une vingtaine de kilomètres en amont de Toulouse, au barrage de Carbonne. Là, on ne retrouve qu’une faible part des saumons recensés à Golfech : 466 en 2000 pour 70 seulement à Carbonne ; ces pertes restent mystérieuses et ne peuvent s’expliquer par une remontée vers le Tarn et l’Aveyron.
En forme de conclusion provisoire et pour ouvrir le débat, il serait peut-être utile de se poser la question : la charrue n’aurait-elle point été mise avant les bœufs ? Ou, dit autrement, n’aurait-il pas fallu commencer par se donner comme objectif fondamental le retour à des rivières propres et aptes à recevoir les saumons avant d’en envisager la réimplantation ?
Le barbeau est sans doute le poisson le plus répandu et le plus caractéristique de la rivière Viaur. Ses quatre barbillons sur la lèvre supérieure (2 petits et deux grands), le rendent facilement reconnaissable . Comme la truite, il fréquente les eaux vives, se postant à la limite des forts courants qu’il affronte de face mais omnivore, le barbeau fouille souvent au fonds de la rivière où ses " moustaches ", à défaut de le rendre séduisant, lui permettent de détecter ses proies ( vers , insectes, mollusques, oeufs de poissons etc…). A table, il est peu apprécié à cause de ses nombreuses arêtes et de sa chair médiocre qui pourtant peut être succulente, bien apprêtée. En revanche, pour le pêcheur, le barbeau est attrayant car souvent de belle taille (jusqu’à 60 cm et même parfois plus) et toujours accompagné de congénères
Leuciscus, Leuciscus, Rostratus, Agassiz est facile à confondre avec sa cousine, la vandoise ou encore avec le chevesne. Elle ne se rencontre que dans le sud-ouest ,de la France et pour la différencier, dans la région on l’appelle "Nas-pountchut" (nez pointu) ou "siège". Comme le barbeau la vandoise rostrée est grégaire, aime les courants et pond dans les fonds de gravier. L’envasement des frayères tend hélas à la faire disparaître et comme ses exigences en oxygène l'amènent à fuir les eaux trop chaudes et stagnantes , les pêcheurs en voient de moins en moins, d’autant plus qu’au moindre bruit elle décampe. En outre, son nez pointu et sa petite bouche ne lui permettent pas de gober les grosses proies et la limitent à avaler uniquement petites larves et insectes, pas étonnant qu’on ne l’attrape pas facilement !
Les limnophiles

Les anguilles sont célèbres pour leur migration : après la naissance dans la mer des Sargasses (au large des Bermudes), entre 200 et 300 mètres de fond, les larves sont transportées par les courants jusqu'aux côtes. Vers 3 ans elles subissent un métamorphose pour devenir les civelles (ou piballes) et elles remontent alors les cours d'eau, où elles vivent de 5 à 12ans.
Dans « La Fille du Viaur » le conteur Jean Boudou imagine qu’un jeune homme est attiré au fond d’un gouffre par les filles du Viaur, vêtues en anguille, et qu’il oublie jusqu'à son nom. C’est maintenant l’anguille que l’on risque d’oublier dans la rivière Viaur. Bloquée par le barrage de Thuriès dans sa migration, gênée par l’accroissement de la pollution auquel elle est très sensible, elle se raréfie alors qu’elle y était autrefois très abondante.
Son corps allongé (jusqu’à 1,50 m pour les grosses femelles) à l‘aspect serpentiforme et sa peau gluante n’empêchent pas les amateurs de sa chair (en matelote par exemple) de la déguster avec grand plaisir : les piballes sont très recherchées. L’anguille aime les endroits où se cacher, à l’abri de la lumière comme des prédateurs : piles de ponts, tas de branchages, fonds vaseux. Elle se nourrit de tout : poissons, écrevisses, escargots d’eau, vers, insectes mais plutôt en fin de journée et la nuit ce qui la met en partie à l’abri des pêcheurs.

Le chevaine (ou chevesne), Leuciscus cephalus, est connu dans la région sous l’appellation de cabot. La forme cylindrique du corps, la tête large et les grandes écailles bien implantées, aux bords circulaires soulignés de noir, permettent de ne pas le confondre avec la vandoise et le gardon. Cohabitant avec la truite et le barbeau, le chevaine n’a pourtant pas les mêmes exigences sur la qualité de l’eau. Ainsi, il supporte forte chaleur (30°) et faible oxygénation même s’il préfère les eaux claires et profondes en courant rapide quand il en a à sa disposition… Omnivore, il consomme des insectes, des mollusques, des végétaux et même des poissons quand il est de grande taille (30 cm). Très méfiant, les pêcheurs aiment bien le traquer mais sa chair n’est guère appréciée par les gastronomes.

De la famille du hotu, la sofie (ou toxostome) s'en distingue par un museau plus effilé, une bouche plus petite, une bande sombre sur les flancs et elle ne dépasse pas 30 centimètres . Son ventre est blanc avec des reflets bleus ou verts.Les nageoires pectorales, pelviennes et anale sont oranges, les nageoires dorsale et caudale sombres. Elle se nourrit de petits invertébrés et d'algues qu'elle trouve sur les pierres. Les adultes prêts à frayer remontent (mars-mai) la rivière et les petits affluents, à la recherche des zones de reproduction, c’est à dire des fonds de graviers et de pierres dans les eaux rapides. Bien qu’elle ne soit guère pourchassée par les pêcheurs, la sofie devient rare, car chaussées mal entretenues et barrages, en gênant la migration, ont contribué à la diminution de cette espèce atteinte par ailleurs d’une maladie parasitaire qui a décimé ses rangs.
Le vairon est le plus petit de nos poissons : 5 à 10 cm. Il aime les eaux claires et souvent accompagne la truite qui l’apprécie aussi... C’est bien pourquoi les pêcheurs le recherchent comme appât.Le corps allongé et cylindriqu e est recouvert d’écailles minuscules. Le dos est gris-vert avec des raies transversales foncées, les flancs sont argentés, le ventre blanc. Les nageoires sont arrondies tout comme le museau. Le vairon est vorace et omnivore et se nourrit de vers, de larves, de petits insectes et de végétaux. Il fréquente herbiers ou branches et préfère les fonds peu profonds composés de graviers.
Le goujon ; comme le vairon c’est un poisson « accompagnateur » de la truite et que les enfants adorent pêcher car il n’hésite pas à « mordre » souvent à l’hameçon. Avec dix à quinze centimètres, il est un peu plus gros que son compère avec lequel on ne peut guère, de toute façon, le confondre grâce aux deux barbillons qu’il arbore et qui le font ressembler au jeune barbeau. Il fréquente, en bancs, les rives plutôt sablonneuses, aux eaux claires et assez rapides.
Le brochet, ce carnassier recherché par les pêcheurs et apprécié des gastronomes, n’est pas l’espèce la plus répandue dans la rivière Viaur. En effet, la femelle pond à faible profondeur sur les zones herbacées des rives, le brochet a donc besoin, pour se reproduire, de ce type d’habitat plus souvent répandu en rivière de plaine inondable qu’en zone de moyenne montagne. Mais il est par ailleurs peu exigeant vis à vis de la qualité des eaux en oxygène et il supporte assez bien les eaux chaudes. Il est surtout présent dans les zones calmes , comme les biefs de moulins surtout si elles sont riches en gardons et rotengles ses proies préférées. Le brochet peut atteindre 30 cm dès la première année et l’on capture régulièrement des sujets dépassant le mètre. Ses nombreuses dents implantées dans toute la bouche ne sont pas le seul atout physique de ce carnivore adapté à la chasse à l’affût : corps fusiforme permettant des démarrages foudroyants et couleur s’adaptant au milieu complètent la panoplie.
Les cyprinidés ou "poissons blancs"

L'ablette : si sa couleur blanche est à l’origine de son nom scientifique (Alburnus alburnus , d’Albus , blanc en latin), elle ne facilite guère sa reconnaissance car beaucoup d’autres poissons sont dans le même cas … Observons la, de plus près : elle est de petite taille (de 10 à 25 cm et de 20 à 50 g), son corps est fin et allongé ; les nageoires sont grises et transparentes, la caudale est largement échancrée et l’anale plus large que la dorsale ; la bouche oblique est orientée vers le haut et la mâchoire inférieure dépasse la supérieure.
Pour trouver des ablettes, il faut chercher des eaux claires, bien oxygénées , calmes ou à courants modérés. Comme elle est grégaire, on peut en été, repérer mais avec de la chance, car l’ablette est aussi méfiante que groupée, des bancs qui gobent les insectes en surface.
Capturable en grand nombre (si l’on est habile pêcheur ou alors au filet...), de petite taille et facile à écailler, l’ablette se devait de finir en friture pour les  «ginguettes» au bord de l’eau.

N’est-ce pas qu’ils se ressemblent comme deux frères, ou deux cousins, si vous voulez ? Précisons tout de suite qu’ils s’hybrident entre eux et donnent des descendants féconds aux caractères intermédiaires entre les deux espèces et que dans ce cas, pour les reconnaître, c’est encore plus difficile…

Comme on les trouve tous les deux facilement dans les eaux du Viaur (surtout à l’aval), allons y pour une petite leçon d’observation à partir des dessins ci-dessus. Tout d’abord le corps : le gardon est un peu plus élancé que son cousin germain légèrement plus trapu qui peut aussi devenir plus gros : le rotengle peut atteindre 50 cm, alors que les plus gros gardons arrivent péniblement à 40 cm. La robe du rotengle est plus colorée et les écailles sont plus grandes donc moins nombreuses. Passons maintenant aux nageoires : le gardon a la nageoire dorsale à l'aplomb des nageoires pelviennes alors que celle du rotengle est placée en retrait par rapport aux ventrales et si celles du gardon sont jaune orangées, celles du rotengle sont plutôt rouges ; ce qui fait qu’on le surnomme souvent le gardon rouge ! Enfin, pour clore le chapitre nageoire : la caudale pour le gardon est plus échancrée. Maintenant de la queue passons à la tête : la bouche du rotengle est orientée vers le haut et comporte huit dents pharyngiennes placées sur deux rangs contre un seul pour le cousin (non : on ne peut pas tout voir sur un dessin !…) dont les yeux sont aussi moins dorés.
Si avec tout cela vous ne faites pas la différence, sachez encore que le gardon fréquente plutôt les eaux profondes de la rivière où il cherche végétaux et petits animaux ( invertébrés, crevettes, escargots, larves d'insectes…) alors que le rotengle vit en bande plus près de la surface et dans des eaux plus calmes.
Si tous les deux ne sont guère appréciés par les gastronomes, le brochet lui n’a pas de ces délicatesses. On comprend que le pêcheur se sert pour « la pêche au vif » de nos deux malheureux, qui en plus sont assez résistants accrochés au bout d’un hameçon.

La CARPE et le CARASSIN :

Comme rotengle et gardon, carpe et carassin sont de la même famille et peuvent s’hybrider. Ils se ressemblent, mais le carassin se distingue de la carpe sans une longue leçon d’observation. D’abord parce qu’il est beaucoup plus petit (mais les jeunes carpes sont petites aussi) et que son corps est nettement plus court (40 cm au maximum, rarement plus de deux kilogrammes). Ensuite, sa tête est plus petite et la bouche est dirigée vers le haut mais surtout elle est dépourvue de barbillons alors que la carpe en possède quatre : deux charnus sur la lèvre supérieure et un plus long à chaque commissure. Ce détail clé permet sans problèmes de faire la différence.
A priori, on ne s’attend pas à trouver sur le Viaur des carpes. On les imagine plutôt, comme dans une fable de La Fontaine sur la carpe et le carassin (ne la cherchez pas, elle n'existe pas) dans des étangs aux eaux calmes, profondes, fournies en végétation et à fonds vaseux . Détrompez vous, la carpe n’est pas difficile et si elle préfère le milieu décrit ci-dessus, elle a su s’adapter à notre rivière. Sa taille , de 50 à 80 cm et son poids qui peut aller au-delà de dix kilogrammes, dépassent celle de tous les autres poissons du Viaur donc, quand on l’aperçoit on ne peut guère se tromper (ce n’est pas comme gardon et rotengle…). Alors, avec un peu de chance car elle est méfiante, profitez d’un beau jour d’été et allez vous promener pour l’observer, en aval des chaussées où dans les « gours » (trou d’eau en occitan), vous la verrez peut-être se prélasser en surface au soleil, où entre deux eaux. La carpe commune entièrement recouverte d’écailles (ou « Royale », voir le dessin) est la plus fréquente dans les rivières mais c’est la carpe « Miroir » (peu d’écailles concentrées sous la nageoires dorsale et vers la queue) qui est majoritaire en France.
La carpe est omnivore, et si elle est essentiellement carnivore (larves d'insectes, mollusques, crustacés, vers, etc…), elle ne dédaigne ni les algues ni les graines et le pêcheur de gardon inexpérimenté qui par inadvertance accroche une carpe se souviendra qu’il s’agit d’un poisson batailleur et puissant.

LA TANCHE :
Comme la carpe, elle affectionne tout particulièrement les eaux assez profondes (un à deux mètres) aux fonds vaseux, riches en matière organiques et propices au développement des plantes aquatiques, dont elle se nourrit en priorité. Le Viaur n’est donc pas son milieu de prédilection et comme en outre, elle est très méfiante discrète et solitaire, qu’elle se rapproche difficilement des rives, elle peut passer inaperçue. Parfois, elle trahit sa présence en faisant échapper de petites bulles de méthane qu'elle libère et fait remonter en surface en fouillant les fonds vaseux.
Le pêcheur la recherche car comme la carpe elle est combattive et puissante au bout d’une canne. Grâce à son vert foncé sur le dos qui s'éclaircit en vert-olive avec des reflets jaune-bronze sur les flancs et jaune-vert sur le ventre, on ne peut guère confondre la tanche avec un autre poisson du Viaur (ouf!).
La tanche est un gros poisson de 20 à 65 cm de long pour un poids variant de 400 g jusqu'à 5 kg. Le corps est massif, le dos est légèrement bombé.  La tête, qui est très petite par rapport au poisson, est trapue, avec un museau arrondi, et deux petits barbillons, visibles sur la mâchoire supérieure, encadrent la bouche bordée de grosses lèvres. Les yeux ont les iris orange, parfois rouge. Toutes les nageoires présentent des bords arrondis, en forme de pelle. Elles peuvent servir à distinguer les sexes : chez les mâles elles sont longues et chez les femelles les pelviennes n'atteignent pas l'orifice uro-génital.
Tout le corps de la tanche est recouvert de mucus et comme les écailles, profondément incrustées dans l'épiderme, sont très petites, le poisson lisse et visqueux, vous glisse facilement entre les doigts. Mais si vous vous coupez en l’écaillant, rassurez-vous : le mucus de la tanche aurait des vertus cicatrisantes...

LA PERCHE :
La perche comme la truite ou le brochet est un poisson carnassier : vers, mollusques, larves d’insectes, alevins et petits poissons sont ses proies habituelles. Ces derniers sont souvent facilement capturés, car la perche allie vitesse de nage et attaques surprises.
La perche mesure de vingt à trente centimètres, (500 ou 600 g) rarement plus car sa croissance est assez lente (8 cm à un an , 28 cm à 8 ans). Elle est assez facile à reconnaître grâce à ses nageoires orangées mais surtout aux 5 à 7 bandes verticales foncées qui zèbrent le corps en partant du dos gris verdâtre. Attention à la première nageoire dorsale, elle est soutenue par une quinzaine de rayons épineux qui peuvent piquer le néophyte maladroit dans le maniement de la perche !
S’adaptant aux eaux courantes comme aux eaux dormantes, la perche est cependant un poisson fragile assez sensible face à la pollution, ce qui explique qu’elle a tendance à devenir de plus en plus rare. C’est fort dommage car sa robe zébrée en fait l’un d’un des plus beaux poissons de nos rivières.