BALZAC et la vallée du VIAUR


Pour des informations plus complètes consulter :
Jean-Louis Déga
, "La vie prodigieuse de Bernard-François Balssa (père d'Honoré de Balzac). Aux sources historiques de La Comédie humaine" , Rodez, Éditions Subervie, 1998, 667 pages.
MERCI à l'auteur dont l'oeuvre est la source du texte ci-dessous.

C'est de la vallée du Viaur qu'est originaire le romancier Honoré de Balzac . Son père, Bernard-François Balssa , est né dans la commune de Montirat et l'écrivain a d'ailleurs situé l'action d'un de ses romans de jeunesse, Clotilde de Lusignan, dans un village provençal nommé Montyrat !
La vie de Bernard-François Balzac (1746-1829) a été tout à fait extraordinaire et fascinante, compte tenu de ses origines. Le père d'Honoré de Balzac, dont le vrai nom était Balssa, a été successivement ou en même temps paysan et berger à la Nougayrié dans la basse vallée du Viaur aux limites du Rouergue et de l'Albigeois, clerc de notaire et de procureur à Canezac et Albi, secrétaire particulier d'un marquis à Toulouse, feudiste en Volvestre, employé au domaine de la couronne et secrétaire au Conseil du Roi à Paris, militant jacobin, directeur des vivres militaires assimilé à un colonel, assesseur d'un juge de paix, adjoint au maire de Tours, dignitaire franc-maçon, administrateur d'un hôpital et enfin retraité à l'âge de soixante-treize ans. Il a été contraint à vingt ans de quitter son village natal après avoir été emprisonné à Lagarde-Viaur pour avoir refusé d'épouser une voisine qu'il avait séduite et rendue mère. Il se marie à cinquante ans avec une jeune fille de la bourgeoisie parisienne qui lui donne cinq enfants dont Honoré et un fils adultérin. Il devra enfin à quatre-vingts ans s'enfuir de sa retraite de Villeparisis pour se réfugier à Versailles après avoir engrossé une servante de la bourgade ! Aventures dignes d'un personnage de Rétif de la Bretonne, fils de paysans comme lui, qu'il a connu et fréquenté dans le Paris révolutionnaire de 1793-94 et qui le cite dans son œuvre ! A Paris, Bernard-François Balzac a probablement connu aussi Choderlos de Laclos, l'auteur des Liaisons dangereuses.
L'origine du nom Balssa
Le nom de famille Balsa ou Balssa qui est le vrai nom d'Honoré dérive de l'adjectif occitan " balsan " issu du latin " balteanus " qualifiant un cheval ayant des taches blanches sur ses jambes. Appliqué à un être humain, c'est devenu un sobriquet désignant un individu tacheté. La forme française équivalente était " beaucent ". Elle a inspiré à Honoré de Balzac le nom de Beauséant, une des grandes familles de La Comédie humaine. Par un sens dérivé, en italien, le qualificatif équivalent " balzano " a servi à désigner un individu fantasque et original; il est possible que ce sens ait également existé en langue d'oc. En dehors de la branche des Balssa du Pont-de-Cirou établie à Rodez vers 1610 et qui prit le nom de Balsac, d'autres Balssa de branches restées à la terre sont également appelés parfois Balsac ou Balzac. Bernard-Franois Balssa, devenu à Paris de son propre chef Balsac puis Balzac entre 1773 et 1783, n'était donc pas le premier Balssa à procéder à ce changement de nom même s'il est vrai que ce changement d'identité accompagnait généralement une promotion sociale et correspondait aussi à une francisation d'un nom de famille aux consonances trop occitanes.

L'implantation des Balssa dans la vallée du Viaur

La vallée du Viaur a vécu durant un siècle, de 1348 à 1450 environ, toute une série d'épreuves : épidémie de peste noire, guerre entre les bandes armées au service du roi de France et celles agissant pour le compte du roi d'Angleterre après le traité de Brétigny, dévastations commises par les Grandes Compagnies. Toutes ces épreuves ont entraîné la disparition d'une grande partie de la population, ce qui nécessita un repeuplement partiel de la vallée à partir d'immigrants venus d'autres régions. Une étude des patronymes de ces immigrants montre qu'un grand nombre provenait du nord du Rouergue, de l'Auvergne et du Gévaudan voisin. Dans ces régions le patronyme " Balsan " est attesté. Or, dans le dialecte de l'occitan parlé dans la partie occidentale de l'Albigeois et du Rouergue, le " n " final n'est pas prononcé. Ces Balsan sont donc devenus dans la vallée du Viaur des Balsa ou des Balssa. Le faible nombre de familles existant avant 1500 permet de leur attribuer une origine unique, l'ancêtre commun s'étant sans doute établi dans la première moitié du XVe siècle. Celui-ci eut en lignée masculine une très nombreuse postérité puisqu'à la veille de la Révolution le nombre de familles Balssa, Balsa, Balza, Balsac ou Balzac dans la vallée du Viaur dépassait largement la cinquantaine. Ces familles appartenaient à tous les milieux sociaux, du Balssa brassier illettré se louant à la journée pour subsister jusqu'aux Balzac de Firmy possesseurs de plusieurs châteaux en Rouergue.
Les Balssa de la Brègue, de la Pradelle et de la Nougayrié
L'origine de la famille paternelle de Balzac se situe au hameau de la Brègue dans la commune de Montirat où sont cités en 1560 un Jean Balssa fils de feu Michel et un Jean Balssa fils de feu Jean. Guillaume Balssa est ensuite le premier Balssa de la Brègue sur lequel nous possédons quelques éléments, en particulier sa signature en 1578 sur un acte retenu par un notaire de Lunac. Il fut le père de Michel Balssa, qui, marié vers 1595 , eut trois fils qui parvinrent à l'âge adulte : Guillaume (vers 1597-1647), son héritier et son successeur à la Brègue; Bernard Balssa (mort en 1668) établi au hameau du Cros dans la paroisse de Lagarde-Viaur et enfin Antoine Balssa (vers 1607-1677). Celui-ci se fixa par son premier mariage avec Marie Pradines en 1642 à la Pradelle sur le plateau, non loin de Canezac. Ce fut le trisaïeul de Bernard-François Balzac par son fils Bernard (I) (1648-1707), son petit-fils Bernard (II) (1684-1754) et son arrière petit-fils Bernard (III)(1716-1778). Ce dernier se maria en 1743, avec une voisine de la Pradelle, Marie Blanquet, morte l'année suivante sans enfant. Bernard Balssa épousa en deuxièmes noces le 4 octobre 1745 Jeanne Granier, de la Nougayrié qui était fille unique. Bernard Balssa alla s'installer chez son épouse et le couple allait donner naissance sur une période de vingt ans, de 1746 à 1766, à onze enfants. Sur les neuf enfants parvenus à l'âge adulte, on compte sept fils. De l'aîné de ces fils : Bernard-François Balssa, est issu Honoré de Balzac.

 

La naissance et la jeunesse de Bernard-François Balssa C'est le 22 juillet 1746 que naquit Bernard-François Balssa, comme l'indiquent les registres paroissiaux de Canezac. L'acte de baptême est signé de l'abbé Vialar, le curé qui administra le baptême à Bernard-François. Celui-ci avait dans son ascendance, en plus des Balssa de la Brègue et des Balssa de Gaffatou, de nombreuses familles établies depuis un temps immémorial dans la vallée du Viaur : on peut citer les Arman, Barria, Blanc, Carles, Coste ou Caste, Dalet, Gayrard, Ibern, Lamic, Mader, Matha, Miquel, Nouviale, Plancade, Tranier, etc.

La langue usuelle chez les Balssa comme dans toute la communauté de Montirat et les communautés voisines était au XVIIIe siècle l'occitan et non le français. Le curé prêchait en " patois " le dimanche à l'église; aussi bien le juge de Lagarde-Viaur que les notaires utilisaient cette langue dans leur fonction, même si leurs actes étaient ensuite rédigés en français. Remarquons que la vallée du Viaur est la limite linguistique entre deux dialectes de l'occitan languedocien : le rouergat au nord, l'albigeois au Sud. Certaines des différences entre les deux dialectes sont clairement perçues comme la prononciation différente des mots pain ou main, " pan " et " man " en occitan, et qui se prononcent " pa " et " ma " en Albigeois, " po " et " mo " en Rouergue. Bernard-François Balssa qui avait une grand-mère rouergate et qui a dû souvent franchir le Viaur dans sa jeunesse, pour aller voir ses cousins de Flauzins ou de l'Aurélie aura bien sûr noté ces différences. De même, lorsqu'il rencontrera des auvergnats, à Paris ou à l'occasion de la traversée de l'Auvergne sur la route d'Albi à la capitale, il ne manquera pas de noter un trait linguistique qui sépare le dialecte auvergnat du languedocien : la transformation du son " ca " en " cha ". Honoré de Balzac ne viendra jamais visiter la terre de ses ancêtres. Cependant des événements relatifs à la vie de son père en Languedoc ou le nom de certaines de ses relations méridionales seront utilisés comme matériaux dans son oeuvre, mais toujours soigneusement dissimulés. Une méthode de camouflage utilisée par l'écrivain sera la transformation de noms albigeois ou rouergats en noms auvergnats. C'est ainsi que Candour, nom d'une famille de juges de Lagarde-Viaur est devenu Chandour; Campagnac, nom des cousins de Flauzins a été transformé en Champagnac !

L'emprisonnement de Bernard-François à Lagarde-Viaur (photo ci-contre)

Dans les cours de catéchisme que suivit le jeune Bernard-François, l'abbé Charles-Alexis Vialar remarqua la vive et précoce intelligence de l'enfant. C'est peut-être lui qui conseilla à Bernard-François de rentrer comme petit clerc chez le notaire Me Albar. Et ce fut sans doute lui qui apprit au jeune garçon à lire et à écrire et qui lui inculqua les rudiments des langues latine et française, aussi étrangères l'une que l'autre à son environnement familial.
Ce fut Jean Albar (1697-1768) notaire à Canezac qu'assista ensuite comme clerc Bernard-François Balssa. Celui-ci, sachant lire et écrire et connaissant les rudiments du français et du latin, était donc en mesure d'aider le notaire dans la préparation des actes. La première signature de Bernard-François sur une minute de Me Albar date du 18 février 1761 ; la dernière est en date du 10 novembre 1765.
Quelles furent les circonstances qui amenèrent peu après Bernard-François Balssa à quitter définitivement Canezac ? C'est la découverte par Mme Marie-Rose Magna, dans les minutes de Jean Aymé, notaire de Lagarde-Viaur, d'un acte d'accord amiable qui a permis de les reconstituer. Au Vernhet dans la paroisse de Canezac, vivait une famille de charpentiers, les Mouychoux. Les parents, étaient décédés respectivement en 1761 et 1762 laissant plusieurs enfants dont une fille Marianne, née en 1743. Bernard-François Balssa noua des relations amoureuses suivies avec cette Marianne Mouychoux, de trois ans son aînée. Elle devint enceinte et demanda le mariage. Bernard-François refusa obstinément. Suite à une prise de corps demandée contre lui par la jeune fille séduite, il fut alors emprisonné au château de Lagarde-Viaur. Il en fut libéré suite à un accord amiable conclu entre son père et Marianne Mouychoux et c'est alors qu'il quitta Canezac pour une vie nouvelle sans doute dès fin février 1766.
La carrière et les protecteurs de Bernard-François Balzac
On retrouve Bernard-Franois en 1771 à Paris; sa vive intelligence et les services qu'il rend lui permettent de nouer des relations utiles parmi lesquelles le toulousain Bertrand de Molleville et le catalan Joseph Albert président depuis 1759 de la Chambre du domaine. C'est dans cette administration qu'on le trouve employé en 1773. Trois ans plus tard, il entre comme secrétaire au Conseil du roi auprès d'Albert et de Bertrand de Molleville, tous deux maîtres des requêtes. Il occupera cette fonction jusqu'à la suppression du Conseil du roi en 1794. Mais la Révolution en 1789 va transformer sa carrière. Les événements révolutionnaires ont mis au premier plan des hommes nouveaux. Parmi eux le capitaine d'artillerie, futur général, Jean-Pierre Lacombe de Saint-Michel, né à Saint-Michel-de-Vax dans la vallée de l'Aveyron, près de Vaour. En 1791 Lacombe Saint-Michel est élu par le Tarn à la Législative et entre au Comité Militaire. En 1792 il est élu à la Convention où il siège à la Montagne avec les dantonistes et vote la mort du roi. La cousine germaine de Lacombe Saint-Michel, Marie-Brigitte Lacombe de Blanchefort, née à La Régaudié non loin de Canezac, a épousé en 1777 Jean Balssa, le frère cadet de Bernard-François et ce dernier va bénéficier de la protection de ce compatriote tarnais, devenu un notable du nouveau régime. Bernard-François entre en 1792 dans l'administration des subsistances militaires; trois ans plus tard il est nommé directeur des vivres de la 22ème région militaire à Tours . En 1797, à 51 ans, il épouse la fille d'un de ses anciens collègues de l'administration des vivres : Laure Sallambier, parisienne âgéede 18 ans. Le 20 mai 1798 naît le premier enfant du couple qui mourra à un mois; Honoré, né le 20 mai 1799, sera l'aîné des quatre enfants survivants. Revenu à Paris en 1814 et misà la retraite en 1819, Bernard-François Balzac mourra à Paris en 1829, l'année où son fils Honoré signera pour la première fois sous son vrai nom le premier roman de La Comédie Humaine : Les Chouans.

 

L'affaire Balssa
Le 6 juillet 1818, vers neuf heures du matin, une jeune fille de la Calquière, hameau situé au bord du Viaur dans la commune de Mirandol, venait comme chaque jour puiser de l'eau à la fontaine de Frexaïres, située dans ce lieu isolé. Quelle ne fut pas sa surprise d'y découvrir un corps tuméfié qu'elle reconnut être celui de Cécile Soulié, une jeune femme native de la Calquière, qui se louait depuis quelques années comme servante dans les fermes environnantes et qui était enceinte. Prévenu par le père de la victime, le juge de paix de Pampelonne, chef-lieu du canton, se rendit presque aussitôt sur les lieux et le chirurgien dont il se fit accompagner conclut à une mort criminelle par strangulation. Certains des témoignages recueillis par le juge lors de son enquête compromirent Louis Balssa, le plus jeune frère de Bernard-François, demeuré au hameau natal de la Nougayrié. Le procès-verbal du juge, qui était un oncle à la mode de Bretagne de Jean Albar, sans doute le vrai coupable, convainquit le procureur du roi près le tribunal d'Albi décerner un mandat de dépôt contre Louis Balssa. Son procès devant les assises du Tarn fut très rapide et ne déborda pas de la journée du 14 juin 1819 . La question à laquelle les jurés eurent à répondre à l'issue de cette journée était simple :" Louis Balza est-il coupable d'avoir, avec préméditation, commis un meurtre sur la personne de Cécile Soulié ? " Les jurés y répondirent affirmativement mais à la simple majorité. Louis Balssa fut exécuté le 16 août 1819 sur la place du Manège à Albi. Il est presque certain qu'il était innocent, le vrai coupable étant Jean Albar, petit-fils du notaire dont Bernard-François avait été le clerc. Mais Louis Balssa ne le dénonça pas car il avait reçu de Jean Albar deux cents francs pour accepter de se déclarer comme le père de l'enfant à naître de Cécile Soulié.
L'évocation du Midi dans l'oeuvre de Balzac

Il faut souligner dans l'oeuvre de Balzac le grand nombre de noms de personnages provenant de relations de Bernard-François et d'origine méridionale, quelquefois transformés pour les adapter du languedocien à l'auvergnat : d'Arthez, Casteran (de Castera), Cayron, Champagnac (de Campagnac), Chandour (de Candour), Chavagnac (de Cavaignac), Contenson, Du Bruel, Escalonde, Gaston, Hauteserre, Marcillac, Massiac, Massol, Médal, Négrepelisse, La Peyrade, Rastignac, Rigou, etc. Certains noms ont été modifiés : Lacombe en Malcombe, Rochegude en Rochefide, Solages en Soulanges car ils étaient inavouables sous leur forme originelle. En revanche, la description du Midi dans La Comédie humaine est fragmentaire et exclut d'une manière quasi absolue l'Albigeois, le Toulousain, le Rouergue et le Quercy, c'est-à-dire les régions d'origine du père de Balzac et de ses principaux amis et protecteurs : ceci bien sûr en raison du drame de l'affaire Balssa dont jamais la cicatrice ne devait se refermer dans le coeur de l'écrivain qui prétendra se rattacher à la noble famille auvergnate des Balzac d'Entragues.

Un circuit balzacien dans la vallée du Viaur

Suite à une décision du Conseil Général du Tarn votée en 1934, un rocher, sur lequel a été gravée l'inscription Sur ces collines, les ancêtres de Balzac ont labouré la terre a été érigé en 1936 au croisement de la route départementale et de la voie secondaire conduisant au village de Canezac et au hameau de la Nougayrié. (photo).
Et la vallée du Viaur abrite toujours les lieux qui peuvent constituer le cadre d'un pélerinage au berceau des ancêtres de Balzac. Le point de départ de cette promenade à la quête des Balssa peut être le hameau de la Brègue, niché au fond des gorges des Viaur, souche des Balssa de la Nougayrié et sans doute aussi de ceux du Pont-de-Cirou d'où provinrent les Balzac de Firmy, conseillers au parlement de Toulouse. Le mariage d'un cadet des Balssa de la Brègue le conduisit en 1642 à s'établir à la Pradelle, sur le plateau. Les deuxièmes noces de Bernard Balssa le firent s'installer en 1745 à la Nougayrié, où devait naître l'année suivante Bernard-François Balssa. La Nougayrié n'est qu'à une centaine de mètres des premières maisons de Canezac, le chef-lieu de la paroisse où furent baptisés et enterrés les Balssa de la Brègue, de la Pradelle et de la Nougayrié. C'est au chef-lieu de la commune de Montirat qu'exerça comme notaire de 1820 à 1855 Jean-François Balzac, le cousin germain d'Honoré. Il ne faut pas quitter la commune de Montirat sans avoir visité le site remarquable de Lagarde-Viaur et son église Saint-Thomas du XVe siècle. C'est dans ce village, gardien des gorges du Viaur, à l'époque le plus peuplé de la communauté de Montirat, que siégeaient les officiers de justice qui décrétèrent au début de l'année 1766 une prise de corps contre Bernard-François Balssa avant que ne soit conclu un accord amiable entre son père et Marianne Mouychoux, la jeune fille séduite. Cet accord permit sa libération du château de Lagarde-Viaur et entraîna son départ du pays natal. La fontaine de Frexaïres, où fut assassinée en 1818 Cécile Soulié, est située dans la commune voisine de Mirandol-Bourgnounac dont le chef-lieu est désormais le centre le plus peuplé et le plus animé du Ségala albigeois. Elle est située à une dizaine de mètres d'un sentier encore fréquenté par les pêcheurs et les randonneurs. La fusion des noms de Montirat et de Bourgnounac, les deux communes concernées par l 'affaire Balssa, ont sans doute servi au romancier pour façonner celui de Montégnac . C'est sur la rive droite du Viaur, en Rouergue, aujourd'hui en Aveyron, rattaché avant 1790 à la Guyenne et non au Languedoc, respectivement dans les hameaux de Flauzins et de l'Aurélie, que naquirent Jeanne Nouviale et Jeanne Carles, la grand-mère et l'arrière-grand-mère de Bernard-François. La commune de Saint-André-de-Najac eu comme maire sous la Révolution Jean-Louis Candour, établi à la Nicouze et père d'un témoin majeur du procès Balssa. Au hameau de la Capélanie, vint se fixer par mariage en 1832 Marie-Brigitte Balssa, de la Régaudié, petite-fille et filleule de Marie-Brigitte Lacombe de Blanchefort, la cousine du conventionnel Jean-Pierre Lacombe Saint-Michel, protecteur sous la Révolution de Bernard-François Balzac et ancêtre direct de Claude Simon, prix Nobel de littérature 1985, qui l'évoque longuement dans Les Géorgiques. Comme on le voit, le roman conventionnel, dont le maître fut en son temps Balzac, et le Nouveau roman, élaboré en opposition au roman balzacien et dont Claude Simon a été le chef de file, se rejoignent et fusionnent dans la vallée du Viaur, au pays des Balssa, pays de contes et de légendes et terre littéraire par excellence ! Les Balssa ont aussi inspiré un autre écrivain célèbre, l'occitan Jean Boudou (Joan Bodon), descendant par sa mère des Balssa de la Rivière, auteur des passionnants Contes dels Balssas parus en 1953 et maintes fois réédités depuis.