LE VIAUR : petit patrimoine.

Fontaines et puits.

Omniprésence et modestie

Les fontaines publiques, très présentes dans le sud méditerranéen, y ont un caractère monumental plus marqué que dans notre région car on veut signaler nettement une valeur rare et précieuse d'une manière symbolique forte. Au contraire, ici, les fontaines sont nombreuses mais modestes.
Les sources un peu éloignées des habitations et sans usage collectif, n'ont d'ailleurs qu'un aménagement minimum. On se contente, à l'endroit ou l'eau émerge, de creuser un trou dont on maintient les bords à l'aide de pierres plates. Sans usagers et inutilisées, la nature reprend alors très vite ses droits et les aménagements disparaissent. Dans beaucoup de cas ces sources n'ont même pas laissé de traces.
Dès qu'il y a un usage collectif de l'eau, c'est-à-dire dans les villages, les sources donnent lieu à une construction plus ou moins importante mais sans jamais atteindre de dimensions monumentales et sans s'orner de statues ou de motifs divers comme on peut le voir dans la proche vallée du Cérou à Monestiés (fontaine du Griffoul) ou encore à Najac. C'est donc dans la rustique simplicité de leur réalisation et parfois la poésie des lieux que réside le charme de ces « fontaines-sources ».

Seules les fontaines de l'aval et de la partie tarnaise du Viaur sont ici présentées.

La fontaine du vieux village de Mirandol est remarquable par la hauteur, inhabituelle dans la région, de la voûte au-dessus de l'eau.

- Le village originel de la commune de Mirandol a disparu définitivement au début du XX ème siècle, au profit d'abord du hameau du Carrelier puis de celui de Bourgnounac. En prenant, à la sortie du village actuel en direction de la Salvetat-Peyralès, prendre la première route à droite vers le Carrelier puis la Calquière . On y trouve des restes de la chapelle de l'église Saint-Michel, et à côté se trouve une plate-forme où se dressaient encore au début du dix-neuvième siècle une tour, vestige du château. La fontaine était, elle, un peu à l'écart des maisons, aujourd'hui depuis longtemps disparues. Notons que cette disposition se retrouve aussi aux Infournats où la fontaine est à plusieurs centaines de mètres de l'ancien village. Dans les deux cas, lors de l'installation primitive des habitants, les contraintes et obligations de défense ont sans doute pris le pas sur celles de l'approvisionnement en eau. D'ailleurs, un peu partout, aller à la fontaine est un classique de la corvée d'eau d'avant les adductions modernes.
La fontaine "de BALZAC"

Un peu plus bas que le vieux Mirandol , le long du Viaur, au lieudit La Calquière , en aval du moulin, environ cinq cents mètres après le pont, sur la rive gauche, se trouve la seule fontaine de la région qui soit un tant soit peu connue. L'endroit, situé dans un site reculé mais fort agréable, n'a cependant rien d'extraordinaire et la fontaine ne bénéficie d'aucune construction spectaculaire, au contraire c'est même le « degré zéro » de l'aménagement hydraulique.

De fait, ce lieu, comme tant d'autres, ne vaut que par son histoire liée à celle d'un oncle d'Honoré de Balzac . Le 6 juillet 1818, en début de matinée on y découvre le corps sans vie de Cécile Soulié, de la Calquière. La jeune fille a visiblement été assassinée. Le juge de paix de Pampelonne , Bernard Maffre dresse un procès-verbal de l'affaire (voir les textes intégraux dans DEGA Jean-Louis, «  La vie prodigieuse de Bernard François Balssa  »  p.416). L'autopsie établit la mort par étranglement et constate aussi que Cécile Soulié était enceinte de six mois. Selon le témoignage de sa mère , le père de l'enfant aurait été Louis Balssa de la Nougayré (commune de Montirat ) chez qui elle avait été servante auparavant. Il s'agit du dernier frère de Bernard-François Balssa, père d'Honoré de Balzac (ce dernier, à l'époque, n'est encore qu'étudiant, il a 19 ans). D'autres témoignages divers et variés, mais tous assez vagues, renforcent les présomptions du juge Maffre qui envoie alors, dès le 11 juillet, le dossier au procureur d'Albi. Celui-ci demande aussitôt au juge d'instruction, Cahuzac, l'arrestation du suspect. Il est arrêté à Najac le 16 août 1818. Interrogé il nie être l'auteur du crime. Un an plus tard, le 14 juin 1819, il est pourtant reconnu coupable de meurtre avec préméditation par la majorité des jurés (au moins trois refusèrent de se prononcer sur sa culpabilité) et condamné à mort. Le surlendemain de sa condamnation Louis Balssa, dans une sorte de confession au Président de la Cour d'Assises, accuse du meurtre l'un de ses voisins, Jean-Baptiste Mathieu Albar. Il déclare qu'Albar, père réel de l'enfant Cécile Soulié, lui aurait versé deux cents francs pour endosser la paternité et aurait tué la servante pendant que lui-même faisait le guet. La tardive confession n'empêche pas son exécution, deux mois plus tard, à Albi, place du Manège, le 16 août 1819. Jean Albar aurait, selon la tradition, avoué son crime sur son lit de mort en 1861.

La fontaine de Jouqueviel

 

Le bâti de la fontaine de Jouqueviel est fort semblable à celui de celle du vieux Mirandol : une voûte en berceau construite en pierre du pays (schiste) couronne une construction rectangulaire qui ici est enchâssée dans un mur de soutènement ou d'une ancienne construction aujourd'hui disparue. Mais à Jouqueviel, la fontaine est au cur géographique du village et non pas à l'écart, l'on dit même qu'elle aurait pu, en cas de siège, par un système de canalisation souterraine, approvisionner le château dont le donjon domine encore le site (voir le chapitre dédié aux châteaux).

Fontaine des Infournats.

Si la fontaine de Jouqueviel était bien connue des habitants de la région, celle des Infournats avait quitté leur mémoire, car dissimulée aux yeux de tous par la végétation, à quelques centaines de mètres du village, dans un endroit où personne n'aurait songé à trouver un tel ouvrage. En effet, au début du vingtième siècle, à l'initiative du dernier prêtre des Infournats, l'eau avait été amenée au cur du village par des canalisations en plomb, à partir d'une autre source située très au-dessus des habitations. Dotés de cette nouveauté, les habitants du village négligèrent sans doute un peu le chemin de l'ancienne fontaine. Après 1914, l'abandon du village lui-même, puis progressivement celui des parcelles cultivées qui l'entouraient, a contribué à l'oubli quasiment total de la fontaine du village.

Elle n'a pas le même aspect que les deux précédentes, la source autrefois abondante y coule à l'air libre directement à flanc de versant que l'on a stabilisé par un parement en voûte biseautée. Le trop plein de la fontaine s'écoule en formant deux « pesquièrs » (mares) aménagés probablement à la fois en lavoir et abreuvoir.

Le village de Lagarde-Viaur possède en outre des éléments architecturaux de qualité (voir église par exemple) qui mériteraient une véritable mise en valeur par une restauration hélas délicate à mener par de petites collectivités locales. A défaut, l'Association "Vivre à Lagarde-Viaur" : 05 63 76 98 84, s'est engagée dans diverses actions de promotion du site qui est ainsi doté de panneaux d'informations sur l'histoire du village.
Sur la route qui descend vers la rivière une fontaine rustique dédiée à Saint-Thomas et dont l'eau est censée guérir les maladies des yeux a aussi été récemment restaurée et mise en valeur.
Les fontaines en dehors des villages
Dissimulées dans les prés, ou dans les bois, à usage quasi-privé elles sont le plus souvent non aménagées et sans grand intérêt pour des visiteurs. Situées au bord d'un chemin ou d'une route elles ont pu faire l'objet d'un aménagement car la collectivité pouvait venir s'y approvisionner facilement. Certaines fontaines, comme celle située sur la route de Montirat à Lagarde Viaur - réputée pour la qualité de ses eaux - pouvaient même connaître une certaine affluence. On peut s'arrêter, en allant à Thuriès , (château, pont, sentier botanique) sur la D 78, quelques mètres sur la droite après le camping de Thuriès, pour observer une fontaine de bord de route (photo).

Les puits

Le plus souvent les puits sont individuels et privés. Plus nombreux que les sources ils pourvoyaient aux besoins domestiques évitant les déplacements à la fontaine du village. Le modèle le plus traditionnel dans la région est le puits à treuil et chaîne inclus dans une petite cabane munie d'une porte.
On peut voir ce modèle à Boyals (sur la petite route de Pampelonne à Pont de Cirou par Prunet) où sur le côté de l'église de Lagarde-Viaur (photo ci-contre).

On remarque aussi couramment dans la région, comme partout en France, les roues en fer des puits avec pompe à « chapelets », modèle qui s'est répandu partout au début du vingtième siècle et plus fréquent que son homologue à balancier, datant de la même période.

 


Le puits de la bastide de Pampelonne.

Echappant à la règle, comme dans beaucoup de bastides, Pampelonne avait en son centre, sur la place du foirail, un puits octogonal (aujourd'hui transformé en kiosque) qui a servi sans discontinuer, de la fondation du village (fin du XIII ème siècle ) jusque dans les années cinquante (1950), à l'alimentation de la population.