LES PONTS du VIAUR

LES PONTS à l'AVAL de Tanus.

Le pont de Tanus

Construit entre le XIlème et le XVème siècle, le pont de Tanus est l'un des trois passages possibles pour franchir le Viaur sur la route Toulouse - Rodez. Au Moyen - Age, la voie du pont de Cirou passant par Cordes est une concurrente sérieuse et plus ancienne et celle de Thuriès un raccourci mais au XVIIIème siècle, le pont de Tanus bénéficie d'un avantage décisif quand la route y passant est classée route Royale. Alors, à partir de cette date, le gros du trafic entre le Rouergue et l'Albigeois passe sur le pont de Tanus qui joue très nettement le rôle commercial le plus important parmi les ponts de la vallée du Viaur. Et ce statut lui permet d'être réparé et surveillé plus régulièrement que les autres. D'une longueur de 83 mètres il comporte trois arches en ogive et si son aspect architectural est loin d'égaler celui du Pont de Cirou, les facilités d'accès sont décisives, au XIX érne et XX ème siècles, pour en faire l'ouvrage le plus emprunté pour le trafic Toulouse-Rodez. La construction de la future voie autoroutière Lyon-Toulouse, provoque l'édification d'un grand pont en béton qui va mettre fin au "règne" de son homologue en pierre et qui sait, concurrencer en spectaculaire le viaduc du Viaur

Le pont de Thuriès

La date de sa construction, comme celle de beaucoup des vieux ponts de la vallée, est inconnue. Les premiers documents dont on dispose datent du début du XVII éme siècle et décrivent des réparations à effectuer à cet ouvrage où circulaient le blé et le vin de l'Albigeois que l'on transportait scuvent vers le Rouergue par ce passage qui raccourcit la distance AIbi-Rodez par rapport à la voie commandée par le pont de Tanus.

Avec 57 m de longueur et ses quatre arches inégales, en plein cintre, ce pont a belle allure mais l'accès en est très difficile : route étroite, sinueuse et à très forte pente.Ce handicap assez peu sensible pour de petits transports, s'est révélé décisif aux XVIII ème et XIX ème siècles et a favorisé alors l'axe passant par Tanus, aux dépens de celui de Thuriès dont le trafic a alors péréclité.

Le pont de Pont de Cirou

Les premières mentions de ce pont remontent au début du XIII éme siècle. Il fut peut être le premier passage possible, sur le Viaur, pour joindre Toulouse et Rodez. Ce qui est certain c'est qu'au Moyen - Age comme à l'Epoque Moderne, le trafic est suffisant pour faire vivre des aubergistes instaIlés sur les deux rives du Viaur (la tradition continue).Les routes, côté Tarn comme côté Aveyron, y aboutissent à angle droit. Elles accentuent les difficultés d'une circulation déjà limitée par l'étroitesse du tablier enserré dans ses parapets de pierre. Dès la fin du XVIIème siècle, on prévoit de modifier cette gêne et comme tout arrive, pour qui sait attendre, des travaux seront bien réalisés à cet effet en... 1992. Ils n'ont pas modifié le bel aspect des six arches en plein cintre qui enjambent élégamment la rivière. La voie, surélevée au centre, renforce encore le cachet du Pont de Cirou, le plus ancien et l'un des plus beaux ponts encore en service sur le Viaur.
 

Le pont de Mirandol (La Calquière)

Situé au pied de l'ancien village de Mirandol ce pont est mentionné dans des documents du début du XVIIème siècle mais son origine était plus ancienne. Il comportait trois arcades et quatre piliers qui sont en 1681 dans un tel état que les réparations consistent en fait en une véritable reconstruction. Comme l'intérêt du pont est avant tout local et que la tâche d'une reconstruction est financièrement trop lourde pour les seuls habitants, le pont de Mirandol subit le même destin que connaîtra, un siècle plus tard, celui des Infournats (voir plus bas): il s'écroule définitivement (début du XVIIIème siècle : il est absent de la carte de Cassini, au contraire de celui des Infournats).

En remplacement, pendant un siècle et demi, on utilise comme dans beaucoup d'endroits sur le Viaur et ailleurs, un bac pour circuler d'une rive à l’autre. Le procédé est peu coûteux mais peu pratique et en 1848, deux paysans proches du hameau de la Calquière (Laubiès et Cayre) sont autorisés à construire un tablier de bois reposant sur des piles en pierre. L'ouvrage est ensuite amélioré en 1867 par l'adjonction de voûtes en pierre et de parapets en maçonnerie.
En 1944, des maquisards dynamitent le passage pourtant peu stratégique et l'ironie de l’histoire fait alors, qu'à la reconstruction, en 1947, le pont de la Calquière retrouve son tablier de bois comme à ses débuts.

Le pont et le hameau au début du siècle dernier



Le site au début du siècle dernier.

Le Port de la Besse

Au contraire de celles du pont du Diable ou de Pont de Cirou, les origines du pont de Port de la Besse sont bien connues.

Pendant la Révolution, les habitants de Mirandol et de La Salvetat Peyralès réclament un pont pour remplacer le bac du "Port de la Cadène" (port de Viaur également) qui est très fréquenté mais particulièrement dangereux. En effet, lors des hautes eaux, le Lézert qui est sujet à des crues soudaines et violentes se jette dans le Viaur à cet endroit et provoque de terribles crues.

Entre les premières demandes et la réalisation de l'ouvrage, un petit siècle s'écoule puisque ce n'est qu'en 1867 que les habitants obtiennent satisfaction.

Malgré ses quatre arches en plein cintre, le style du pont n'a pas la facture ni l’ancienneté historique de celle de Pont de Cirou mais l'ouvrage, bâti en pierre du pays, sauf pour les parapets, s'intègre bien à ensemble de l'architecture locale qu'il ne dépare nullement.

Le pont des Infournats (pont du Diable)

Le montage de l'ouvrage, une seu!e arche, composée de deux arceaux mis l'un sur l'autre, évoque une technique romaine et permet de supposer que sa construction remonterait au XIlème siècle. Mais l'ancienneté réelle du pont (sans doute le plus vieux de la vallée) est en fait aussi mystérieuse que celle de son nom ! Celui-ci peut tout aussi bien évoquer le danger d'y circuler ou bien encore une prouesse diabolique pour le construire. Placé sur une route d'accès difficile, le pont du Diable était inadadapté au passage des grosses charrettes donc au dèveloppement des transports. Mais il fournissait l'avantage, du moins au Moyen-Age, d'être avec Laguépie, le seul point de franchissement du Viaur pour aller d' Albi à Villefranche de Rouergue. En ruine à la fin au XVIII ème siècle, les autorités régionales repoussent continuellement la rénovation d'un passage qui n'a plus qu' un intérêt local et comme les habitants concernés (ceux des Infournats) n'ont pas I'argent nécessaire pour une reconstruction qui s'impose après l'écroulement définitif..... Rien ne se fait et il ne reste plus aujourd'hui que les assises de ce qui fut probablement le plus ancien pont de la région.

Devis du 31 juin 1771 (Archives Départementales du Tarn C 967)

Le pont des Infournats sur la rivière du Viaur qui sépare la province du Rouergue de celle du Languedoc sert à ménager une communication essentielle à ces deux provinces, il mérite pour cette raison d'être conservé et de faire touttes (sic) les réparations nécessaires il faut même faire plus il faut empêcher qu'il ne tombe et le rendre aisé à toutes sortes de voitures, les gens à pied n'y passent actuellement qu'avec crainte.

Ce pont a une seule arche à tiers-point de quatorze toises un pied six pouces d'ouverture [presque ving-huit mètres]. Cette arche qui n'a que onze pieds huit pouces de largeur [environ trois mètres soixante quinze] entre les deux testes est établie sur un massif de maçonnerie qui forment de chaque costé de demi avant et arrière becs qui sont élévés de douze pieds six-pouces au_dessus des eaux moyennes [un peu plus de quatre mètres]. Sur ces deux massifs est bâtie l'arche à tiers-point dont la clef est élevée de huit toises deux pieds [un peu plus de seize mètres] au-dessus des eaux moyennes, cette arche est composée de deux arceaux mis l'un sur l'autre chacun de deux pieds trois pouces d'épaisseur [soixante quinze centimètres environ] ce qui fait que l'épaisseur totale de l'arche est de quatre pieds six pouces [environ un mètre cinquante].

Ce pont qui a la hauteur de cinquante pieds [seize mètres] n'a que onze pieds huit pouces [trois mètres soixante quinze] de voye comme il a été dit et dessus n' a point de parapet sur vingt six toises de longueur [environ cinquante mètres] et la rapidité de ses avenues marquées par la ligne pointillée B [allusion à un plan joint au projet] est d'un pied six pouce par toise [une pente de cinquante centimètres pour presque deux mètres] ce qui rend ce pont à tous égards impraticable.

Ce pont bien bâti pourrait supporter des parapets.

Le site du Pont du Diable a été aménagé, comme le site des Planques ( accès amélioré, sécurisation et nettoyage) par une action conjointe des communes (JOUQUEVIEL/TANUS ) et de la communauté de communes du ségala carmausin.

De droite à gauche l'on aperçoit successivement : les escaliers qui conduisent à la rivière ; les restes des soutènements et du tablier du pont qui ont été stabilisés, nettoyés et sécurisés.

Le Viaur vu du Pont de La Roque

La Roque, La Vicasse, La Garde Viaur : ponts tardifs

Depuis l'écroulement définitif du Pont du Diable à la fin du XVIII éme siècle, la circulation sur l'axe Albi-Villefranche de Rouergue s'effectuait à Laguépie ou bien par l'intermédiaire de bacs notamment à La Vicasse et à La Garde-Viaur. Les dépenses nécessaires à la construction de ponts et surtout les longs pourparlers nécessaires pour leur prise en charge retardent leur édification et ce sont ce sont donc des propriétaires riverains qui font les premiers pas et se décident à édifier des passerelles de bois pour remplacer les bacs (1847 à La Vicasse, 1860 à La Garde-Viaur). Bien sûr, ces ponts ne résistent pas aux plus violentes crues du Viaur qui les emportent régulièrement. Après celle de 1872, les départements du Tarn et de l'Aveyron s'acccordent enfin pour établir des passages, tant à la Vicasse qu' à La Garde-Viaur (les constructions s'effectuent en 1875, elles n'ont qu'un intérêt architectural limité). A la Roque (commune de Jouqueviel) c’est en 1900 que des habitants construirent des piles de maçonnerie pour supporter un tablier de bois qu'une crue s’empresse d'emporter, six ans plus tard. Il faut attendre les années trente pour édifier, à partir des piles de l'ouvrage, un pont plus solide qui permet en partie le désenclavement de la commune de Jouqueviel qui , à cette date, dispose certes d'un pont mais n'a pas... de route vers l'Aveyron. Cette partie de la vallée du Viaur, n’en disposera qu'en 1972.

Le pont de la Vicasse

Le dernier pont sur le Viaur : Laguépie

Au Moyen-Age à l’instar de Pont de Cirou ou de Tanus le pont de Laguépie commande un passage essentiel : l'axe Albi-Villefranche de Rouergue dont l'intérêt dépasse largement les horizons locaux des riverains

Rien d'étonnant donc, à ce que le pont de Laguépie soit l'un des plus anciens de la région. Au début du XIII éme siècle, Alphonse de Poitiers, Comte de Toulouse en possède les droits de péage et l'entrée est contrôlée par une porte et gardée par une tour, comme c'était presque toujours le cas à l'époque. Ces batisses ont disparu. Les ponts les plus anciens ont rarement leur aspect d'origine : les crues, l'usure du temps et l’adaptation aux nécessités économiques imposent des modifications et souvent, seuls les emplacements perdurent. En ce qui concerne le pont de Laguépie, aux quatre belles arches en plein cintre, c’est en 1875,en élargissant la voie, qu’ont été effectué les gros travaux d'adaptation à la circulation moderne.

Le Viaur vu du Pont de Laguépie

Les Passerelles

Les Planques

Le toponyme "planca " (passerelle) est attesté dès le XI éme siècle. Il montre bien qu'à cet endroit, et depuis sans doute fort longtemps, le Viaur était franchi par un petit pont de bois. Très fragile, ce genre d'ouvrage, sans changer de place, est souvent modifié car les crues font leur oeuvre, comme celle du 8 mars 1783 qui condamne pendant plusieurs années les paysans des Planques à jouer les funambules sur des troncs.

D’intérêt local, les passerelles financées par les habitants, ont une vie agitée. Celle des Planques reconstruite sous la Révolution est à nouveau emportée par une crue puis rebâtie. La construction du barrage de Thuriès noie l'ouvrage qui est remplacé en 1924 par l'actuelle passerelle, bien plus longue que ses ancêtres.

 

 
A la manière des paysans ne voulant pas perdre leurs passages locaux sur le Viaur, l’association VIAUR-VIVANT a reconstruit le tablier de deux passerelles. La première sur le Lieux, et la seconde, plus imposante à Saint-Genyes.
La passerelle sur le Lieux début du siècle dernier et celle de St-Geniès (même date)


Quelques PONTS à l'amont de Tanus.


Le pont de La Bastide

Construit en 1877 par les habitants du lieu (après Saint-Just sur Viaur suivre la D 532 ) grâce à une souscription. Avec ses six arches en plein cintre il a, compte tenu des circonstances de sa réalisation, plutôt belle allure et les habitants prudents, avaient prévu dans l'architecture de la construction, l'espace des crues.

Le pont du Navech

Jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle on traverse souvent le Viaur par l'intermédiaire d'un bac et son batelier ( le Nau en occitan d'où le toponyme le Navech). Le procédé à ses limites : en 1877, les habitants de la Bastide s'organisent pour construire - sans intervention de l'Etat ce qui est remarquable - un pont ce qui est plus pratique ! Construit un peu avant, en même temps que la route départementale, en 1850, celui du Navech a aussi du style avec ses piles arrondies.

A Bonnecombe : le pont du Diable .

Un texte mentionne son existence au début du XVI e siècle mais son style évoque une construction plus ancienne qui est peut-être contemporaine de celle de l'abbaye de Bonnecombe (1167) à laquelle il donne accès. Comme tous les ponts du Diable (une bonne centaine en France) sa construction s'accompagne d'une légende, quasiment toujours la même : l'architecte face aux difficultés de l'édification passe un pacte avec le Diable qui réclame une âme, celle du premier vivant à passer le pont. A Bonnecombe, l'on aurait fait traverser un chat, ailleurs c'est parfois un chien, un coq ou un âne. Rappelons qu'au pont du Diable situé aux Infournats (commune de Jouqueviel) l'une des légendes (voir Daniel Loddo, « Gents del Segalar » , p 555) évoque l'existence sous les fondations de l'ouvrage , d'une grotte du Diable où l'on trouverait bien sûr . De l'or !

Les crues ennemies des ponts

Sur le Viaur, la dernière grande crue est celle du 14 décembre 1981, avec une hauteur d'eau à la station de mesure de Saint-Just sur Viaur de 4.9 m soit nettement moins que lors de celle du 3 et 4 mars 1930 (6.9m) qui est bien « la crue du siècle » pour le Viaur comme pour le Tarn où périrent 300 victimes (essentiellement à Montauban et Moissac).

En ce qui concerne le Viaur, comme l'habitat en bordure de rivière est limité, les dégâts furent essentiellement matériels (routes, ponts et moulins, évacuation de l'usine de Thuriès).

L'on recense au moins une fois par siècle une telle montée des eaux : vers 1770 (destruction du Pont du Diable), 1872 et 1875. Ces crues centenaires peuvent donc se reproduire malgré l'existence des barrages réservoirs qui ne peuvent convenablement écrêter ce type de crues. Celle de mars 1930 s'explique par de très fortes pluies (200 à 300 mm sur les Cévennes, ce que les météorologues nomment les « épisodes cévenols ») se déroulant en outre dans un contexte de sols saturés et de rivières gonflées par une longue période pluvieuse, sans oublier l'ajout de la fonte des neiges .

L'hiver 2012-2013 a crée une situation proche de l'année 1930,mais fort heureusement sans l'élément déclencheur des pluies torrentielles sur les Cévennes ou le Lévezou. ...