Nous continuons notre exploration de la faune de la vallée du Viaur par la description des poissons observables dans la rivière. Le tableau est pour le moment incomplet (la moitié des espèces seulement) Patientez...
Nous avons choisi dans un premier temps les neuf espèces présentes
en 1900 comme en 2000, (plus le saumon cas à part) en les considérant
comme le peuplement « originel » de la rivière. Il s’agit
surtout de rhéophiles comme la truite, la vandoise ou le barbeau,
poissons présents surtout dans la partie amont où des eaux rapides
et peu profondes, le petit nombre de « calmes » (bras mort ou
chaussées) et la température plutôt froide limitent à
la fois la diversité d’habitats et les espèces capables
d’y vivre : truite, loche, vandoise, goujon, vairon, barbeau voire chevesne.
Les limnophiles, poissons aimant les eaux stagnantes se sont développés
depuis un siècle et les nouvelles espéces qui sont apparues
appartiennent à ce genre dont les représentants sont aujourd'hui
les plus nombreux. Nous les présentons maintenant (mars 2005)
Le texte et les illustrations sont de Thierry COUET et inspirés de
sources diverses, notamment «
Rôle des chaussées et des barrages pour les peuplements pisciaires
du bassin versant du Viaur « de Nicolas POULET, Nicolas STOLZENBERG,
Luc AUTHIE, Karine GAFFARD et Jean-Noël TOURENQ .
On peut, si l'on aime les poissons consulter http://www.csp.environnement.gouv.fr/pages/FichesPoissons/IndexAlphaPoisson.htm

Le Viaur est un cours d'eau de près de 170 km. Il prend sa source à
1090 m d’altitude au Puech Del Pal (Aveyron) et se jette dans l’Aveyron,
dont il est le principal affluent, à Saint Martin de Laguépie
(Tarn) à une altitude de 150 m (voir carte). C’est donc une rivière
de moyenne montagne aux aspects variés : des rapides dévalant
dans les rochers, des petits courants mais aussi des gouffres profonds malgré
une profondeur moyenne assez faible (environ un mètre) et de longues
retenues calmes derrière les chaussées de moulins, sans compter
les lacs formés par les barrages (Pont de Salars, Pareloup, Bage, Thuriès)
. Sa largeur passe de 1 ou 2 m, près de sa source, à 20 à
40 m à l’aval et la grande majorité de son cours se déroule
dans une vallée encaissée, mais accessible en de nombreux points.
Il peut donc se pêcher sans trop de difficultés.
Il possède un réseau d’affluents très dense : 110
ruisseaux représentant au total une longueur d’environ 830 km.
L’ensemble forme un bassin versant de 1650 km², traversant deux grandes
régions naturelles : le Lévezou et les Ségalas. Parmi ces
affluents, beaucoup ne dépassent pas quelques kilomètres, signalons
les plus importants : en amont le Vioulou sur lequel est implanté le
barrage de Pareloup (1200 hectares) le Céor et le Giffou, plus en aval
le Lézert et le Jaoul ; tous sont appréciés par les pêcheurs.
Le débit moyen du Viaur à son confluent avec l’Aveyron à
Laguépie est compris entre 15 et 20 m3/s. Les grandes crues pouvaient
le porter à des débits avoisinant les 500 m3/s (1930). Inversement,
les étiages sévères le réduisent à des chiffres
proches et même inférieurs au m3/s. Ce régime presque torrentueux
a été modifié par l’implantation de barrages sur
son cours (voir carte) tout au long du XX ème siècle et actuellement
les crues n’atteignent plus que 200 m3/s et les étiages sont eux
aussi régulés.
Bien entendu, la modification du régime naturel de la rivière
par la création de barrages a aussi des répercussions sur l’habitat
des poissons. Plus anciens que les barrages, les moulins, et ils sont nombreux
sur le cours du Viaur (88 chaussées encore en place) sont eux aussi des
aménagements qui avaient déjà modifié le cours naturel
de la rivière mais moins radicalement. Un barrage bloque la remontée
des espèces migratoires. Ainsi Thuriès est un obstacle infranchissable
par les anguilles, les truites ou les saumons. En 1983, la vidange catastrophique
de ce barrage a également gravement altéré la qualité
des eaux en aval de la rivière. Une chaussée en créant
une retenue où l’eau est plus profonde (2 à 3 mètres
parfois) avec un lit plus large (10 à 20 m) moins soumis au courant,
favorise le développement d’espèces de poissons dites limnophiles
(se développant dans les eaux stagnantes) alors qu’à ses
lointaines origines les eaux courantes du Viaur étaient plutôt
favorables aux réophiles (aimant les courants) comme la truite.

« Salmo trutta fario » , ou pour le pêcheur
tout simplement truite fario, est la reine des rivières. Longue de 25
à 40 cm, elle se reconnaît à son corps élancé
et à sa robe le plus souvent sombre mais aux flancs constellés
de points noirs et rouges légèrement circonscrits de rose ou de
bleu. C’est un poisson carnivore, très vorace, qui chasse aussi
bien le jour que la nuit. Les petits invertébrés comme crustacés,
mollusques, larves d'insectes (aquatiques ou aériens), les petits poissons
(vairons, goujons, loches, alevins divers) sont ses proies habituelles mais
elle peut s’attaquer à des congénères plus petites
ou même à de jeunes grenouilles imprudentes.
Entre octobre et février, les truites, après avoir effectué
une migration vers l'amont, se reproduisent dans des eaux dont la température
est comprise entre 5° et 12 °. Les femelles aménagent une dépression
dans les graviers et y pondent leurs oeufs (1500 à 4000 ) d'une couleur
orange et d'un diamètre de 4 à 5 mm. Le mâle y dépose
sa semence, la femelle recouvre le tout de graviers, afin de le protéger
du courant et des prédateurs (les truites peuvent en faire partie.) Environ
40 jours après, naissent les alevins qui n’émergent des
graviers que 4 à 6 semaines après avoir épuisé leur
réserve. Fragiles et livrés aux prédateurs comme à
la pollution des eaux, bien peu deviendront des truites .
« Salmo gairdneri », la truite arc-en-ciel se différencie
de la « fario » par un oeil plus petit, une nageoire caudale légèrement
plus échancrée et des écailles plus petites. Son ventre
est nettement plus blanc et ses flancs ont une bande pourpre mauve tachetée
et plus ou moins estompée. Introduite en France en 1879, sa naturalisation
est limitée à quelques rares cours d’eau des Pyrénées
et des Alpes. En revanche, elle fait l’objet d’un élevage
intensif pour la consommation et le déversement pour la pêche dans
les lacs et cours d’eau (cas du Viaur) puisque sa cousine la fario se
fait rare.

La revue de l’Agence de
l’eau, « Adour-Garonne n° 83 » (automne 2001)
faisait le point sur les opérations de reconquête du bassin hydrographique
de la Garonne, par les saumons. En voici un résumé adapté
et parfois commenté et publié une première fois dans un
bulletin de l’association
« Viaur-Vivant » (n°25) .
Le saumon est un poisson de mer, né en eau douce, à l’amont de rivières bien oxygénées. La reproduction s’y déroule de la mi-novembre à la mi-janvier, dans des eaux dont la température doit rester inférieure à 12 degrés C° et ne pas subir de chutes brutales.
Les jeunes saumons, les « tacons » passent ensuite
un à deux ans en rivière. Parfaitement adaptés à
l'eau douce, ils ont cependant des exigences d’habitat très précises.
Ils ne colonisent que les zones courantes peu profondes où ils se nourrissent
de larves d'insectes, ou de petits poissons.
Puis au printemps de la deuxième (parfois troisième) année
de vie en eau douce le tacon passe par tout un ensemble de modifications qui
vont lui permettre d’acquérir les capacités de vivre dans
le milieu marin. Il devient un « smolt ».
Parvenu en mer, l’adulte peut y séjourner de 1 à 3 ans (voire 4) avant de retourner en eau douce pour s’y reproduire. La durée totale du cycle biologique s’étale donc sur une période pouvant aller de 3 à 7 ans Seulement 3 à 20 % des smolts partis en mer reviendront finalement dans leur rivière d'origine (voir carte).

Presque disparu en France le saumon sauvage de l’Atlantique
de l'espèce Salmo Salar qui est le cousin de la truite de rivière
( Salmo Trutta) est pêché de Juin à Septembre, sous quotas
strictement contrôlés, en Irlande, Ecosse et Norvège. Dans
le bassin de la Garonne, dès le milieu du XIX ème sièclel,
le saumon est déjà rare . En 1868, l’administration se préoccupe
un moment de la remontée de ces poissons migrateurs sur la Garonne, en
construisant une passe à poissons au Bazacle (Toulouse). Mais ce n’est
qu’un siècle plus tard que les pouvoirs publics mettent en place
un véritable plan national, ayant pour objectif le retour du saumon et
d’autres migrateurs (alose, anguilles, lamproies) dans des cours d’eau
français autrefois fréquentés par ces poissons. En ce qui
concerne le saumon, ce sont le bassin de la Garonne, la Loire et l’ Allier
ainsi que les rivières bretonnes et normandes qui sont notamment concernées
.
Dans la région, nécessitant de nombreux travaux, ce plan d’envergure
(plus de 100 M de F depuis vingt ans) a pour objectif le retour, vers 2015,
de 1200 à 2400 saumons sur le bassin de la Garonne.
En 1986, le premier ouvrage, spectaculaire, est réalisé : c’est
le fameux « ascenseur à poissons » de Golfech. Il inaugure
une série de travaux permettant l’accès pour les saumons
aux parties amont des rivières du bassin de la Garonne. Sur le Viaur,
dans le cadre du contrat de rivière, les chaussées de moulins
ont été équipées de passes à poissons. Les
saumons peuvent maintenant les franchir sans difficultés, mais restent
encore des obstacles pour atteindre la partie amont de la rivière : la
micro-centrale de Mirandol et surtout le barrage de Thuriès. Sur la Garonne,
ils sont bloqués à une vingtaine de kilomètres en amont
de Toulouse, au barrage de Carbonne. Là, on ne retrouve qu’une
faible part des saumons recensés à Golfech : 466 en 2000 pour
70 seulement à Carbonne ; ces pertes restent mystérieuses et ne
peuvent s’expliquer par une remontée vers le Tarn et l’Aveyron.
En forme de conclusion provisoire et pour ouvrir le débat, il serait
peut-être utile de se poser la question : la charrue n’aurait-elle
point été mise avant les bœufs ? Ou, dit autrement, n’aurait-il
pas fallu commencer par se donner comme objectif fondamental le retour à
des rivières propres et aptes à recevoir les saumons avant d’en
envisager la réimplantation ?


Leuciscus, Leuciscus, Rostratus, Agassiz est facile à confondre avec sa cousine, la vandoise ou encore avec le chevesne. Elle ne se rencontre que dans le sud-ouest ,de la France et pour la différencier, dans la région on l’appelle "Nas-pountchut" (nez pointu) ou "siège". Comme le barbeau la vandoise rostrée est grégaire, aime les courants et pond dans les fonds de gravier. L’envasement des frayères tend hélas à la faire disparaître et comme ses exigences en oxygène l'amènent à fuir les eaux trop chaudes et stagnantes , les pêcheurs en voient de moins en moins, d’autant plus qu’au moindre bruit elle décampe. En outre, son nez pointu et sa petite bouche ne lui permettent pas de gober les grosses proies et la limitent à avaler uniquement petites larves et insectes, pas étonnant qu’on ne l’attrape pas facilement !

Les anguilles sont célèbres pour leur migration
: après la naissance dans la mer des Sargasses (au large des Bermudes),
entre 200 et 300 mètres de fond, les larves sont transportées
par les courants jusqu'aux côtes. Vers 3 ans elles subissent un métamorphose
pour devenir les civelles (ou piballes) et elles remontent alors les cours d'eau,
où elles vivent de 5 à 12ans.
Dans « La Fille du Viaur » le conteur Jean Boudou imagine qu’un
jeune homme est attiré au fond d’un gouffre par les filles du Viaur,
vêtues en anguille, et qu’il oublie jusqu'à son nom. C’est
maintenant l’anguille que l’on risque d’oublier dans la rivière
Viaur. Bloquée par le barrage de Thuriès dans sa migration, gênée
par l’accroissement de la pollution auquel elle est très sensible,
elle se raréfie alors qu’elle y était autrefois très
abondante.
Son corps allongé (jusqu’à 1,50 m pour les grosses femelles)
à l‘aspect serpentiforme et sa peau gluante n’empêchent
pas les amateurs de sa chair (en matelote par exemple) de la déguster
avec grand plaisir : les piballes sont très recherchées. L’anguille
aime les endroits où se cacher, à l’abri de la lumière
comme des prédateurs : piles de ponts, tas de branchages, fonds vaseux.
Elle se nourrit de tout : poissons, écrevisses, escargots d’eau,
vers, insectes mais plutôt en fin de journée et la nuit ce qui
la met en partie à l’abri des pêcheurs.

Le chevaine (ou chevesne), Leuciscus cephalus, est connu dans la région sous l’appellation de cabot. La forme cylindrique du corps, la tête large et les grandes écailles bien implantées, aux bords circulaires soulignés de noir, permettent de ne pas le confondre avec la vandoise et le gardon. Cohabitant avec la truite et le barbeau, le chevaine n’a pourtant pas les mêmes exigences sur la qualité de l’eau. Ainsi, il supporte forte chaleur (30°) et faible oxygénation même s’il préfère les eaux claires et profondes en courant rapide quand il en a à sa disposition… Omnivore, il consomme des insectes, des mollusques, des végétaux et même des poissons quand il est de grande taille (30 cm). Très méfiant, les pêcheurs aiment bien le traquer mais sa chair n’est guère appréciée par les gastronomes.

De la famille du hotu, la sofie (ou toxostome) s'en distingue par un museau
plus effilé, une bouche plus petite, une bande sombre sur les flancs
et elle ne dépasse pas 30 centimètres . Son ventre est blanc avec
des reflets bleus ou verts.Les nageoires pectorales, pelviennes et anale sont
oranges, les nageoires dorsale et caudale sombres. Elle se nourrit de petits
invertébrés et d'algues qu'elle trouve sur les pierres. Les adultes
prêts à frayer remontent (mars-mai) la rivière et les petits
affluents, à la recherche des zones de reproduction, c’est à
dire des fonds de graviers et de pierres dans les eaux rapides. Bien qu’elle
ne soit guère pourchassée par les pêcheurs, la sofie devient
rare, car chaussées mal entretenues et barrages, en gênant la migration,
ont contribué à la diminution de cette espèce atteinte
par ailleurs d’une maladie parasitaire qui a décimé ses
rangs.

C’est le plus petit de nos poissons : 5 à 10 cm. Il aime les
eaux claires et souvent accompagne la truite qui l’apprécie aussi...
C’est bien pourquoi les pêcheurs le recherchent comme appât.Le
corps allongé et cylindriqu e est recouvert d’écailles
minuscules. Le dos est gris-vert avec des raies transversales foncées,
les flancs sont argentés, le ventre blanc. Les nageoires sont arrondies
tout comme le museau. Le vairon est vorace et omnivore et se nourrit de vers,
de larves, de petits insectes et de végétaux. Il fréquente
herbiers ou branches et préfère les fonds peu profonds composés
de graviers.

Comme le vairon c’est un poisson « accompagnateur » de la
truite et que les enfants adorent pêcher car il n’hésite
pas à « mordre » souvent à l’hameçon.
Avec dix à quinze centimètres, il est un peu plus gros que son
compère avec lequel on ne peut guère, de toute façon,
le confondre grâce aux deux barbillons qu’il arbore et qui le
font ressembler au jeune barbeau. Il fréquente, en bancs, les rives
plutôt sablonneuses, aux eaux claires et assez rapides.

Le brochet, ce carnassier recherché par les pêcheurs et apprécié
des gastronomes, n’est pas l’espèce la plus répandue
dans la rivière Viaur. En effet, la femelle pond à faible profondeur
sur les zones herbacées des rives, le brochet a donc besoin, pour se
reproduire, de ce type d’habitat plus souvent répandu en rivière
de plaine inondable qu’en zone de moyenne montagne. Mais il est par
ailleurs peu exigeant vis à vis de la qualité des eaux en oxygène
et il supporte assez bien les eaux chaudes. Il est surtout présent
dans les zones calmes , comme les biefs de moulins surtout si elles sont riches
en gardons et rotengles ses proies préférées. Le brochet
peut atteindre 30 cm dès la première année et l’on
capture régulièrement des sujets dépassant le mètre.
Ses nombreuses dents implantées dans toute la bouche ne sont pas le
seul atout physique de ce carnivore adapté à la chasse à
l’affût : corps fusiforme permettant des démarrages foudroyants
et couleur s’adaptant au milieu complètent la panoplie.
Note : pour pêcher dans les cours d'eau, il faut obligatoirement: adhérer à une association agréée de pêche et de pisciculture (AAPP) qui vous délivrera une carte nominative contre paiement d'une cotisation annuelle dont le montant varie selon le mode de pêche pratiqué. Sur le WEB on peut aller voir celle de l'Aveyron ou bien un pêcheur tarnais qui donne les coordonnées nécessaires.
Les cyprinidés ou "poissons blancs"
Si sa couleur blanche est à l’origine de son nom scientifique ( Alburnus alburnus , d’Albus , blanc en latin), elle ne facilite guère sa reconnaissance car beaucoup d’autres poissons sont dans le même cas … Observons la, de plus près : elle est de petite taille (de 10 à 25 cm et de 20 à 50 g), son corps est fin et allongé ; les nageoires sont grises et transparentes, la caudale est largement échancrée et l’anale plus large que la dorsale ; la bouche oblique est orientée vers le haut et la mâchoire inférieure dépasse la supérieure.

Pour trouver des ablettes, il faut chercher des eaux claires, bien oxygénées
,calmes ou à courants modérés. Comme elle est grégaire,
on peut en été, repérer mais avec de la chance, car l’ablette
est aussi méfiante que groupée, des bancs qui gobent les insectes
en surface.
Capturable en grand nombre (si l’on est habile pêcheur ou alors
au filet...), de petite taille et facile à écailler, l’ablette
se devait de finir en friture pour les «ginguettes» au bord
de l’eau.
N’est-ce pas qu’ils se ressemblent comme deux frères, ou
deux cousins, si vous voulez ? Précisons tout de suite qu’ils s’hybrident
entre eux et donnent des descendants féconds aux caractères intermédiaires
entre les deux espèces et que dans ce cas, pour les reconnaître,
c’est encore plus difficile…
![]() ![]() |
Comme on les trouve tous les deux facilement dans les eaux du
Viaur (surtout à l’aval), allons y pour une petite leçon
d’observation à partir des dessins ci-dessus. Tout d’abord
le corps : le gardon est un peu plus élancé que son cousin germain
légèrement plus trapu qui peut aussi devenir plus gros : le rotengle
peut atteindre 50 cm, alors que les plus gros gardons arrivent péniblement
à 40 cm. La robe du rotengle est plus colorée et les écailles
sont plus grandes donc moins nombreuses. Passons maintenant aux nageoires :
le gardon a la nageoire dorsale à l'aplomb des nageoires pelviennes alors
que celle du rotengle est placée en retrait par rapport aux ventrales
et si celles du gardon sont jaune orangées, celles du rotengle sont plutôt
rouges ; ce qui fait qu’on le surnomme souvent le gardon rouge ! Enfin,
pour clore le chapitre nageoire : la caudale pour le gardon est plus échancrée.
Maintenant de la queue passons à la tête : la bouche du rotengle
est orientée vers le haut et comporte huit dents pharyngiennes placées
sur deux rangs contre un seul pour le cousin (non : on ne peut pas tout
voir sur un dessin !…) dont les yeux sont aussi moins dorés.
Si avec tout cela vous ne faites pas la différence, sachez encore que
le gardon fréquente plutôt les eaux profondes de la rivière
où il cherche végétaux et petits animaux ( invertébrés,
crevettes, escargots, larves d'insectes…) alors que le rotengle vit en
bande plus près de la surface et dans des eaux plus calmes.
Si tous les deux ne sont guère appréciés par les gastronomes,
le brochet lui n’a pas de ces délicatesses. On comprend que le
pêcheur se sert pour « la pêche au vif » de nos deux
malheureux, qui en plus sont assez résistants accrochés au bout
d’un hameçon.
A priori, on ne s’attend pas à trouver sur le Viaur des carpes.
On les imagine plutôt, comme dans une fable de La Fontaine sur la carpe
et le carassin (ne cherchez pas, elle n'existe pas) dans des étangs aux
eaux calmes, profondes, fournies en végétation et à fonds
vaseux . Détrompez vous, la carpe n’est pas difficile et si elle
préfère le milieu décrit ci-dessus, elle a su s’adapter
à notre rivière. Sa taille , de 50 à 80 cm et son poids
qui peut aller au-delà de dix kilogrammes, dépassent celle de
tous les autres poissons du Viaur donc, quand on l’aperçoit on
ne peut guère se tromper (ce n’est pas comme gardon et rotengle…).
Alors, avec un peu de chance car elle est méfiante, profitez d’un
beau jour d’été et allez vous promener pour l’observer,
en aval des chaussées où dans les « gours » (trou
d’eau en occitan), vous la verrez peut-être se prélasser
en surface au soleil, où entre deux eaux. La carpe commune entièrement
recouverte d’écailles (ou « Royale », voir le dessin)
est la plus fréquente dans les rivières mais c’est la carpe
« Miroir » (peu d’écailles concentrées sous
la nageoires dorsale et vers la queue) qui est majoritaire en France.
La carpe est omnivore, et si elle est essentiellement carnivore (larves d'insectes,
mollusques, crustacés, vers, etc…), elle ne dédaigne ni
les algues ni les graines et le pêcheur de gardon inexpérimenté
qui par inadvertance accroche une carpe se souviendra qu’il s’agit
d’un poisson batailleur et puissant.
![]() ![]() |
Comme rotengle et gardon, carpe et carassin sont de la même famille et
peuvent s’hybrider. Ils se ressemblent, mais le carassin se distingue
de la carpe sans une longue leçon d’observation. D’abord
parce qu’il est beaucoup plus petit (mais les jeunes carpes sont petites
aussi) et que son corps est nettement plus court (40 cm au maximum, rarement
plus de deux kilogrammes). Ensuite, sa tête est plus petite et la bouche
est dirigée vers le haut mais surtout elle est dépourvue de barbillons
alors que la carpe en possède quatre : deux charnus sur la lèvre
supérieure et un plus long à chaque commissure. Ce détail
clé permet sans problèmes de faire la différence.
Comme la carpe, elle affectionne tout particulièrement les eaux assez
profondes (un à deux mètres) aux fonds vaseux, riches en matière
organiques et propices au développement des plantes aquatiques, dont
elle se nourrit en priorité. Le Viaur n’est donc pas son milieu
de prédilection et comme en outre, elle est très méfiante
discrète et solitaire, qu’elle se rapproche difficilement des rives,
elle peut passer inaperçue. Parfois, elle trahit sa présence en
faisant échapper de petites bulles de méthane qu'elle laisse remonter
en surface en fouillant les fonds vaseux.
Le pêcheur la recherche car comme la carpe elle est combattive et puissante
au bout d’une canne. Grâce à son vert foncé sur le
dos qui s'éclaircit en vert-olive avec des reflets jaune-bronze sur les
flancs et jaune-vert sur le ventre, on ne peut guère confondre la tanche
avec un autre poisson du Viaur (ouf!).

La tanche est un gros poisson de 20 à 65 cm de long pour
un poids variant de 400 g jusqu'à 5 kg. Le corps est massif, le dos est
légèrement bombé. La tête, qui est très
petite par rapport au poisson, est trapue, avec un museau arrondi, et deux petits
barbillons, visibles sur la mâchoire supérieure, encadrent la bouche
bordée de grosses lèvres. Les yeux ont les iris orange, parfois
rouge. Toutes les nageoires présentent des bords arrondis, en forme de
pelle. Elles peuvent servir à distinguer les sexes : chez les mâles
elles sont longues et chez les femelles les pelviennes n'atteignent pas l'orifice
uro-génital.
Tout le corps de la tanche est recouvert de mucus et comme les écailles,
profondément incrustées dans l'épiderme, sont très
petites, le poisson lisse et visqueux, vous glisse facilement entre les doigts.
Mais si vous vous coupez en l’écaillant, rassurez-vous : le mucus
de la tanche aurait des vertus cicatrisantes...
La perche comme la truite ou le brochet est un poisson carnassier : vers, mollusques, larves d’insectes, alevins et petits poissons sont ses proies habituelles. Ces derniers sont souvent facilement capturés, car la perche allie vitesse de nage et attaques surprises.
La perche mesure de vingt à trente centimètres, (500 ou 600 g)
rarement plus car sa croissance est assez lente (8 cm à un an , 28 cm
à 8 ans). Elle est assez facile à reconnaître grâce
à ses nageoires orangées mais surtout aux 5 à 7 bandes
verticales foncées qui zèbrent le corps en partant du dos gris
verdâtre. Attention à la première nageoire dorsale, elle
est soutenue par une quinzaine de rayons épineux qui peuvent piquer le
néophyte maladroit dans le maniement de la perche !
S’adaptant aux eaux courantes comme aux eaux dormantes, la perche est
cependant un poisson fragile assez sensible face à la pollution, ce qui
explique qu’elle a tendance à devenir de plus en plus rare. C’est
fort dommage car sa robe zébrée en fait l’un d’un
des plus beaux poissons de nos rivières.